Sud Lipez et frontière chilienne
Trois jours de 4x4 entre lagunes colorées, geysers à 4 850 m et déserts d'altitude, jusqu'au passage chilien d'Hito Cajón face au Licancabur.
Le Sud Lipez commence là où s'achève le salar d'Uyuni, à la sortie de Colchani ou de San Juan, et s'étire sur près de 400 kilomètres jusqu'au poste-frontière d'Hito Cajón, à 4 500 mètres, qui marque l'entrée au Chili et la descente sur San Pedro de Atacama. Cette portion du département de Potosí est l'une des moins peuplées de Bolivie : quelques hameaux d'éleveurs de lamas comme San Pablo de Lípez, Quetena Chico ou Villa Mar, et la petite ville de San Cristóbal, restructurée autour de la mine d'argent et de zinc qui domine l'économie locale.
L'altitude reste constamment au-dessus de 4 000 mètres et grimpe à 4 850 au col de la Sol de Mañana, où des geysers de boue et des fumerolles sulfureuses jaillissent à l'aube. Le paysage est minéral, sec, balayé par un vent constant l'après-midi. La réserve nationale Eduardo Avaroa, créée en 1973 sur 714 000 hectares, protège les principales lagunes de la zone : la Colorada, rougie par les sédiments et le plancton dont se nourrissent trois espèces de flamants (James, andin, chilien), la Verde au pied du volcan Licancabur (5 916 m) dont la couleur vire au turquoise sous l'effet du vent qui brasse l'arsenic et le cuivre, et la Blanca, séparée de la Verde par une simple langue de terre.
Le climat conditionne tout. De mai à août, les nuits descendent à -20°C, parfois -25°C en juin-juillet à Laguna Colorada. Les journées sont sèches, ensoleillées, autour de 10 à 15°C. De décembre à mars, les pluies rendent certaines pistes impraticables, en particulier autour de l'Árbol de Piedra et du désert de Siloli. La traversée se fait exclusivement en 4x4, en convoi ou en véhicule privé, avec chauffeur-guide et nuitées en refuges sommaires à Huayllajara, Villa Mar ou au bord de la Laguna Colorada. Quelques lodges plus confortables existent désormais à Tahua, Mallku Cueva ou Ojo de Perdiz, mais l'eau chaude reste comptée et l'électricité fonctionne par générateur quelques heures par soir.
Les habitants du Lipez sont majoritairement quechuas, avec une présence aymara plus ancienne. L'élevage de lamas et l'extraction artisanale de borax sur les salars secondaires (Chalviri, Capina) restent les ressources principales, complétées depuis vingt ans par le tourisme et le travail minier à San Cristóbal. La cuisine locale est simple : soupe de quinoa, charque de lama séché, llajwa pimentée. À Quetena Chico, un petit musée géré par la communauté retrace la faune de la réserve, dont la vigogne, le renard de Magellan et le viscacha, ce rongeur à longue queue qui s'observe au lever du jour sur les rochers de l'Árbol de Piedra.
Pourquoi venir ici plutôt que de s'arrêter au salar ? Parce que la densité géologique est rare : en deux jours de piste, on traverse des coulées de lave, des champs géothermiques actifs, des lagunes saumâtres habitées par des dizaines de milliers de flamants entre novembre et avril, et des déserts d'altitude comparables à ceux de l'Atacama voisin. La frontière chilienne se franchit en moins de deux heures à Hito Cajón, et San Pedro est à 45 kilomètres de descente. Cette logique transfrontalière, que nous organisons en sens Bolivie-Chili ou Chili-Bolivie, structure une bonne partie de nos itinéraires sud-américains.
À découvrir
Laguna Colorada au lever du jour. Avant 8h, les flamants de James s'alimentent dans l'eau ferrugineuse, le vent est encore tombé et le rouge des sédiments tranche sur le blanc des dépôts de borax. Comptez une nuit sur place pour profiter de cette lumière.
Geysers Sol de Mañana à 4 850 m. Champ géothermique actif où des fumerolles atteignent 10 mètres et des mares de boue bouillent à 80°C. Visite à l'aube, juste avant les thermes naturels de Polques où l'on se baigne à 38°C face à la Laguna Chalviri.
Désert de Siloli et Árbol de Piedra. Plateau à 4 600 m sculpté par les vents catabatiques, où se dresse un rocher de lave érodé en forme d'arbre. Le décor évoque l'altiplano chilien et marque la transition vers les paysages d'Atacama.
Passage frontalier d'Hito Cajón. Poste isolé à 4 480 m face au volcan Licancabur, ouvert le matin uniquement. La descente de 2 400 mètres vers San Pedro de Atacama se fait en une heure, choc thermique garanti après les nuits glaciales du Lipez.
Villages d'éleveurs de Quetena. Quetena Chico et Quetena Grande, à l'écart des circuits classiques, permettent de rencontrer des familles qui vivent encore de l'élevage de lamas et de la cueillette de la yareta, plante coussin millénaire utilisée comme combustible.
Quand y aller
Nous recommandons avril-mai et septembre-octobre pour le bon compromis entre pistes praticables, lumière nette et températures supportables (10 à 15°C le jour, -5 à -10°C la nuit). De juin à août, le ciel est dégagé en permanence et les contrastes photographiques excellents, mais les nuits descendent à -20°C, parfois -25°C à Laguna Colorada : il faut un équipement adapté, sac de couchage -15°C minimum, et accepter de dormir habillé dans des refuges peu chauffés.
De décembre à mars, la saison des pluies (200 à 300 mm cumulés sur le trimestre) peut couper les pistes entre Villa Mar et la Laguna Colorada, et le passage d'Hito Cajón ferme parfois 24 à 48 heures après une chute de neige. C'est en revanche la période où les flamants sont les plus nombreux sur la Colorada et où le salar d'Uyuni offre son effet miroir, ce qui justifie pour certains voyageurs d'accepter ce risque logistique.
Conseils pratiques
Comptez trois jours pleins en 4x4 depuis Uyuni pour boucler la traversée jusqu'à Hito Cajón, avec deux nuits sur place (San Juan ou Mallku Cueva, puis Laguna Colorada ou Ojo de Perdiz). Quatre jours permettent d'intégrer les Quetena, les lagunes secondaires (Hedionda, Chiarcota, Honda) et de ralentir le rythme, ce que nous conseillons aux voyageurs qui supportent moyennement l'altitude. L'acclimatation préalable est non négociable : minimum trois nuits à La Paz ou Sucre, idéalement complétées par le salar d'Uyuni (3 650 m) avant de monter au-dessus de 4 500 m.
Le Sud Lipez se combine logiquement avec le Salar d'Uyuni en amont, et avec La Paz et Altiplano pour l'entrée en Bolivie. La sortie par Hito Cajón vers San Pedro de Atacama ouvre un itinéraire transfrontalier de 8 à 10 jours que nous opérons en partenariat avec notre équipe chilienne. Le confort reste rustique : refuges partagés, sanitaires extérieurs, douches chaudes occasionnelles. Cette région convient aux voyageurs contemplatifs, photographes et amateurs de paysages géologiques, moins aux familles avec jeunes enfants ou aux personnes sensibles au mal d'altitude.








