Sucre et Potosí

Deux villes andines aux antipodes : Sucre la coloniale tempérée à 2 810 m, et Potosí la minière à 4 067 m, où l'argent du Cerro Rico a financé un empire.

Sucre et Potosí forment un duo contrasté au cœur des Andes boliviennes, à environ 700 kilomètres au sud de La Paz. Notre agence locale recommande souvent d'y consacrer plusieurs jours après l'altiplano, car le changement d'ambiance y est marqué : on passe des hauts plateaux balayés par le vent aux vallées tempérées du département de Chuquisaca, où Sucre s'installe à 2 810 mètres dans une cuvette protégée. La ville, fondée en 1538 sous le nom de La Plata, conserve une architecture coloniale homogène, façades chaulées et toits de tuile rouge, classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1991. C'est aussi la capitale constitutionnelle de la Bolivie et le siège de la Cour suprême, ce qui explique son atmosphère universitaire, calme, très différente du bouillonnement pacénien.

La vie à Sucre tourne autour de quelques places et marchés. Le Mercado Central, à deux pâtés de la Plaza 25 de Mayo, propose dès 7 heures du matin des jus de fruits frais et des api con pastel, boisson chaude de maïs violet servie avec un beignet fourré au fromage. Les patios des couvents San Felipe Neri et La Recoleta offrent un point de vue sur la ville, et le Museo de Arte Indígena ASUR documente le tissage des communautés Jalq'a et Tarabuco, dont les motifs noirs et rouges figurent un monde inversé peuplé de khurus, créatures fantastiques. Le dimanche, le marché de Tarabuco, à 65 kilomètres et deux heures de route, rassemble les familles yampara venues échanger pommes de terre, herbes médicinales et textiles. Ce n'est pas un marché touristique reconstitué : c'est un lieu d'échange réel, où nous conseillons d'arriver avant 10 heures.

Aux portes de Sucre, le site de Cal Orck'o expose une paroi calcaire verticale couverte de plus de 5 000 empreintes de dinosaures du Crétacé, mise au jour par l'exploitation d'une cimenterie. Plus loin dans la cordillère des Frailes, des randonnées de un à trois jours mènent à la cascade de Maragua, aux peintures rupestres d'Incamachay et au cratère géologique de Maragua, dépression circulaire de huit kilomètres habitée par des communautés Jalq'a. Les sentiers empruntent encore des tronçons de chemins préhispaniques pavés, les qhapaq ñan.

À 165 kilomètres au sud-ouest, la route grimpe vers Potosí, à 4 067 mètres, l'une des villes habitées les plus hautes du monde. Le Cerro Rico, montagne conique qui domine la cité, a livré entre 1545 et la fin du XVIIIe siècle une part majeure de l'argent qui a financé la couronne espagnole. La ville comptait 160 000 habitants en 1650, autant que Londres à la même époque. Il en reste un centre baroque dense : la Casa Nacional de la Moneda, ancienne fonderie monétaire reconvertie en musée, conserve les machines en bois utilisées pour laminer les flans d'argent. Les églises San Lorenzo de Carangas et la Compañía de Jesús témoignent du métissage andin et européen dans les sculptures de leurs façades.

Le Cerro Rico reste exploité aujourd'hui par environ 15 000 mineurs regroupés en coopératives. Les visites de galeries, guidées par d'anciens mineurs, durent deux à trois heures et impliquent de progresser accroupi dans des boyaux à 4 200 mètres d'altitude, dans une atmosphère poussiéreuse et chaude. Nous prévenons systématiquement nos voyageurs : c'est une expérience dure, parfois mal vécue, mais elle donne une lecture concrète de l'histoire coloniale et des conditions de travail actuelles. Pour qui préfère s'en tenir à la surface, les bains thermaux de Tarapaya, à 25 kilomètres de Potosí, offrent une halte plus douce dans une lagune circulaire d'origine volcanique.

Sur le plan gastronomique, la région cultive une cuisine de vallée plus variée que celle de l'altiplano. À Sucre, on goûte le chorizo chuquisaqueño, le mondongo (porc mijoté au piment rouge) et les salteñas du matin, chaussons juteux au bouillon de viande. Les vignobles de Camargo et de la vallée de Cinti, plus au sud, produisent un singani, eau-de-vie de muscat d'Alexandrie, qui sert de base au chuflay, cocktail local.

À découvrir

Centre colonial de Sucre. Déambulation entre la Plaza 25 de Mayo, le couvent de La Recoleta et le Mercado Central, dans une ville à 2 810 mètres où le climat tempéré permet de marcher en chemise toute l'année.

Marché dominical de Tarabuco. Rassemblement hebdomadaire des communautés yampara à 65 kilomètres de Sucre, avec ponchos rayés, échanges de produits agricoles et musiques de pinkillo joués en formation.

Mines en activité du Cerro Rico. Descente de deux à trois heures dans les galeries de Potosí à 4 200 mètres, encadrée par d'anciens mineurs, pour comprendre l'envers de l'argent colonial.

Empreintes de dinosaures de Cal Orck'o. Paroi calcaire de 1,5 kilomètre redressée à la verticale par la tectonique, couverte de plus de 5 000 empreintes du Crétacé, à dix minutes du centre de Sucre.

Randonnée au cratère de Maragua. Marche de deux jours dans la cordillère des Frailes, sur d'anciens chemins pavés inca, jusqu'à une dépression circulaire habitée par des familles Jalq'a tisserandes.

Quand y aller

Sucre bénéficie d'un climat tempéré de vallée andine, avec 22°C de moyenne annuelle en journée et des nuits fraîches (8 à 10°C en hiver austral). Nous recommandons la saison sèche, de mai à octobre, pour la stabilité du ciel et la praticabilité des sentiers de la cordillère des Frailes. Juillet est le mois le plus froid, avec des matins parfois à 2°C, mais les après-midi restent ensoleillés autour de 18°C. La saison des pluies s'étend de décembre à mars : les averses tombent surtout en fin d'après-midi, les routes secondaires vers Tarabuco ou Maragua peuvent devenir glissantes, et les visites de Cal Orck'o ferment lors des fortes pluies.

Potosí, à 4 067 mètres, est plus rude : prévoir des nuits à -5°C entre juin et août, et un vent sec qui accentue la sensation de froid. Les visites de mines se font toute l'année, mais nous évitons janvier et février pour les transferts routiers depuis Uyuni, parfois coupés. Pour assister aux fêtes patronales et aux danses des diabladas, la période autour du carnaval (février-mars) reste la plus intense, en acceptant les contraintes météo.

Conseils pratiques

Nous conseillons un minimum de quatre jours pour cette région : deux nuits à Sucre pour la ville, Cal Orck'o et éventuellement Tarabuco le dimanche, puis une à deux nuits à Potosí pour la mine, la Casa de la Moneda et la transition vers le sud. Sucre dispose d'un aéroport (Alcantarí) avec des liaisons quotidiennes depuis La Paz et Santa Cruz en environ 45 minutes de vol, ce qui évite la route de nuit. Potosí n'a pas d'aéroport opérationnel ; on y accède par route depuis Sucre (3h, 165 km) ou depuis Uyuni (3h30 à 4h).

La combinaison la plus fluide articule Sucre et Potosí entre La Paz et Altiplano au nord et le Salar d'Uyuni au sud, en enchaînant ensuite sur le Sud Lipez vers la frontière chilienne. Pour les voyageurs qui privilégient la culture aux paysages extrêmes, Sucre peut aussi se combiner avec Santa Cruz et la Chiquitania via un vol intérieur. Le confort hôtelier à Sucre est bon, avec d'anciennes demeures coloniales reconverties ; à Potosí, l'offre est plus modeste et l'altitude impose de prévoir une acclimatation préalable. Cette région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'histoire et de textiles, ainsi qu'aux familles avec adolescents, à condition d'adapter la visite des mines selon les sensibilités.

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