La Paz et Altiplano

La Paz enroulée dans sa cuvette sous l'Illimani, le Titicaca à 3 812 m et la culture aymara vivante d'El Alto : la porte d'entrée verticale de la Bolivie.

La Paz occupe un site improbable : une cuvette creusée dans l'Altiplano, où la ville descend en terrasses de 4 100 mètres à El Alto jusqu'à 3 200 mètres dans le quartier sud de Calacoto. Cette dénivellation de presque 1 000 mètres sur 10 kilomètres explique tout : les microclimats, l'urbanisme accroché aux pentes, et la chaleur qui monte quand on descend la Prado. Au-dessus, l'Illimani culmine à 6 438 mètres et se voit depuis presque tous les miradors. Pour s'orienter, nous conseillons de monter au Killi Killi ou de prendre la ligne rouge du téléphérique : en 17 minutes, on passe du centre à El Alto et la géographie de la cuvette devient lisible.

El Alto, ville sœur perchée sur le rebord du plateau, compte aujourd'hui plus d'habitants que La Paz elle-même. C'est ici, sur l'Altiplano à 4 050 mètres, que se tient la Feria del 16 de Julio, marché géant du jeudi et du dimanche qui couvre des dizaines de pâtés de maisons. On y vend tout, des pièces de moteur aux herbes médicinales du marché des yatiris. C'est aussi le cœur de la culture aymara contemporaine, visible dans l'architecture des cholets de l'architecte Freddy Mamani, ces immeubles colorés à l'esthétique néo-andine qu'on peut observer dans les rues du quartier Ciudad Satélite.

L'Altiplano qui entoure La Paz est un haut plateau sec, balayé par le vent, couvert de paja brava et ponctué de troupeaux de lamas et d'alpagas. Vers le nord, la route file pendant 3 h 30 jusqu'au lac Titicaca, plus haut lac navigable du monde à 3 812 mètres. Copacabana, sur la rive bolivienne, abrite la basilique de la Virgen Morena, lieu de pèlerinage majeur depuis le XVIe siècle. C'est de son port que partent les bateaux pour l'Isla del Sol, île sans véhicules où l'on marche entre terrasses incas et hameaux quechuas, et pour l'Isla de la Luna, plus petite et moins visitée.

À l'est de La Paz, la Cordillère Royale forme un mur de sommets de plus de 6 000 mètres : Huayna Potosí (6 088 m), Condoriri (5 648 m), Illimani. C'est le terrain de jeu des randonneurs et alpinistes, accessible en 2 heures de route depuis la ville. À l'opposé, en descendant la route des Yungas vers Coroico, on passe en 3 heures de l'Altiplano sec à la forêt nuageuse à 1 700 mètres : un changement de monde végétal et climatique brutal, utile pour casser l'altitude.

Côté table, la cuisine paceña se goûte sans manières dans les marchés. Au Mercado Rodriguez, on prend l'api con pastel au petit-déjeuner, une boisson chaude de maïs violet épaissie servie avec un beignet fourré au fromage. Le midi, le fricasé est une soupe de porc au maïs blanc et chuño, la pomme de terre déshydratée par le gel altiplanique. Les saltañas, chaussons de pâte aux jus de viande, se mangent debout vers 11 heures dans les rues de Sopocachi. Sur les marchés, la diversité des pommes de terre (plus de 200 variétés en Bolivie) et des piments aji se touche du doigt.

Pour le voyageur, La Paz est presque toujours la porte d'entrée du pays : l'aéroport d'El Alto à 4 061 mètres impose une acclimatation. Nous recommandons deux à trois jours sur place avant toute excursion en altitude ou en trek, en marchant lentement, en buvant du maté de coca, et en évitant alcool et repas lourds les premières 48 heures. Cette acclimatation se fait bien : visites de musées (le Musée national d'ethnographie, le Musée de la coca rue Linares), flânerie dans le marché des sorcières, descente vers la Valle de la Luna à 3 200 mètres.

À découvrir

Téléphérique Mi Teleférico. Le réseau urbain par câble le plus étendu du monde, dix lignes qui relient La Paz à El Alto. La ligne rouge monte au-dessus du cimetière général et donne en 17 minutes une lecture verticale de la ville.

Isla del Sol sur le Titicaca. Île aymara sans voitures à 3 812 mètres, accessible en 1 h 30 de bateau depuis Copacabana. Sentier nord-sud de 8 km entre les ruines incas de Chincana et le village de Yumani, à parcourir en marche lente.

Marché de la Feria del 16 de Julio. Marché géant d'El Alto chaque jeudi et dimanche. On y mesure la densité de la culture aymara urbaine, des herboristes aux stands de tissus.

Cholets de Freddy Mamani. Architecture néo-andine d'El Alto, immeubles à façades polychromes inspirées des motifs tiwanakotes. Une visite guidée dans le quartier Ciudad Satélite permet d'entrer dans un salon de fête au dernier étage.

Trek du Choro depuis La Cumbre. Descente de 3 jours sur un chemin précolombien, du col de La Cumbre à 4 650 mètres jusqu'aux Yungas à 1 200 mètres. On traverse en 60 km l'ensemble des étages de végétation andins.

Quand y aller

L'Altiplano connaît deux saisons bien marquées. La saison sèche, de mai à octobre, est notre période recommandée : ciel dégagé, visibilité maximale sur les sommets, pluies rares. Les températures à La Paz oscillent entre 0°C la nuit et 17°C le jour, avec des minimales à -5°C en juin-juillet dans les zones hautes comme El Alto. Le soleil tape fort à cette altitude, protection solaire indispensable. La saison des pluies court de décembre à mars, avec un pic en janvier-février : averses d'après-midi quotidiennes, routes des Yungas glissantes, traversées du Titicaca parfois agitées. Les températures sont alors plus douces (4°C à 18°C) mais les nuages couvrent souvent l'Illimani.

Les fêtes méritent qu'on cale un voyage dessus. La Fiesta del Gran Poder fin mai ou début juin remplit les rues de La Paz pendant 20 heures de danses (morenada, caporales). L'Alasitas, fin janvier, est la fête des miniatures où l'on achète des objets en réduction pour qu'ils se réalisent dans l'année. Pour l'Isla del Sol et le trek du Choro, mai à septembre reste la fenêtre la plus fiable.

Conseils pratiques

Nous conseillons un minimum de 4 jours sur la région : 2 jours à La Paz pour l'acclimatation et la découverte urbaine (centre, marché des sorcières, téléphérique, El Alto), 2 jours sur le lac Titicaca avec nuit à Copacabana ou sur l'Isla del Sol. Avec 6 à 7 jours, on ajoute la Cordillère Royale (trek de la Laguna Glaciar, ascension du Pequeño Alpamayo) ou une descente vers Coroico dans les Yungas pour rompre l'altitude. L'aéroport international d'El Alto reçoit les vols depuis Lima, Bogotá, Madrid, Santiago. C'est le point de bascule logique vers le reste du pays.

La région se combine naturellement avec le Salar d'Uyuni (vol d'1 heure ou bus de nuit de 10 heures), prolongement minéral parfait après l'Altiplano humain, puis avec le Sud Lipez et la frontière chilienne pour ceux qui poursuivent vers San Pedro de Atacama. Sucre et Potosí s'enchaînent bien après ou avant, en avion. L'Amazonie via Rurrenabaque demande un vol depuis La Paz (45 minutes) et offre le contraste climatique le plus radical. Le confort hôtelier à La Paz couvre toutes les gammes ; sur l'Isla del Sol, l'hébergement reste simple (auberges familiales, eau chaude variable). La région convient aux contemplatifs, aux amateurs de culture vivante et aux randonneurs ; pour les familles avec jeunes enfants, l'altitude impose des journées tranquilles et nous adaptons les rythmes.

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